textes


> L’arbre et son double - Texte de Pierre-Yves Desaive 2013
> Publication : Art00+4, 2004. Texte de Roger-Pierre Turine.
> Etat - 2003
> Et si l’arbre refusait ? texte de Félix Roulin. 1994


Publication : Art00+4, 2004. Texte de Pierre-Olivier Rollin.


Et l’arbre vivant devient sculpture

Symbole séculaire largement partagé à l’échelle planétaire, l’arbre est, en cette fin de millénaire, l’objet d’approches plastiques diverses, reflètant des préoccupations parfois trés différenciées. L’enracinement dans le sol et sa lente montée vers le ciel le place à la conjonction de démarches foisonnantes.(...)

Dans ce contexte, Nathalie Joiris occupe une place en marge. Son discours, sensible au besoin de protection de la biosphère s’accompagne également d’une mise en garde contre toute dérive écologiste totalitaire. "Il ne faudrait pas, écrit-elle, sous le couvert d’une urgence écologique et la quête d’une nature originelle, en arriver à enfermer la nature(...)dans des zones interdites. Nous passerions de la suprématie de l’Humain à celle de la nature. C’est à une relation de complémentarité et d’enrichissement mutuel que nous devons arriver. (...) Cet équilibre souhaitable trouve une formulation plastique originale dans ses sculptures dont les matériaux de prédilection sont des jeunes pousses d’arbre. Leurs croissances contribuent au développement de la sculpture, la charge d’une affectivité lourde liées à ses diverses attributions symboliques et individuelles.

Toutefois, le développement de l’arbre est contrarié par des interventions de l’artiste qui l’obligent à pousser courbé, enfermé dans une cage de bois, à traverser un grillage, à grandir entre deux pierres de granite. L’oeuvre peut alors choquer, déranger ou susciter un malaise. Mais ces malaises obligent à s’interroger sur leurs origines, leurs enjeux éthiques : si l’on peut être blessé par la flexion imposée à un arbre, à quelle situation est-on par contre insensibles ? Et quelles valeurs déterminent ces attitudes différenciées ?

En formulant des idées de tensions, de contraction, de fléchissement ou d’écartement, Nathalie Joiris aborde les rivages de la condition humaine ; ses oeuvres parlent aussi de l’Homme, entendu dans ses rapports multiples et complexes avec le monde. (2000)

Au-delà de leurs enjeux politico-moraux, les oeuvres de Nathalie Joiris constituent un langage introspectif, ouvert au partage comme au dialogue. "Les mémoires de moments", arbres aux racines prises dans un noeud de corde, alimentés par baxter et accrochés aux murs, induisent des états psychiques variables qui peuvent s’étendre de l’angoisse de la maladie à la protection animiste. Les "valises", cageots de bois à poignée et d’où dépassent les feuilles, suggèrent le voyage, le nomadisme, le déracinement vécu ou non comme un drame (hors de terre, ses arbres continuent à vivre), mais comme la liberté de s’épanouir en tout lieu.

Pierre-Olivier Rollin